Ce que je regrette de ne pas avoir dit à ma praticienne dès la première séance

juin 5, 2026

Mon pull mouillé collait au dossier quand j’ai lâché, chez Maison Sève, rue des Martyrs, le symptôme qui me gênait le plus. J’étais déjà en train de me tromper de sujet. J’avais l’air calme. En vrai, j’avais la gorge serrée et les mains glacées. Cette séance m’a coûté 54 euros. J’ai ensuite payé quatre rendez-vous, pour un total de 216 euros.

J’ai parlé du symptôme, pas de ce qui me mettait à bout

J’étais assise dans une petite salle blanche. Il y avait une odeur de thé au jasmin et de papier neuf. La praticienne m’a demandé ce qui m’amenait. J’ai répondu, presque mot pour mot : « j’ai ce symptôme depuis douze jours, et je ne comprends pas pourquoi ». Je n’ai pas dit que je dormais mal depuis trois semaines. Je n’ai pas dit non plus que je me réveillais déjà épuisée.

Je crois que je voulais être fiable. En réalité, j’ai réduit ma demande à une version propre pour ne pas avoir l’air perdue. Le silence de la pièce m’a poussée à combler les blancs avec des détails sans relief. J’ai parlé du corps. J’ai caché l’angoisse qui tournait autour.

Je me rappelle la pendule ronde au-dessus de la porte. L’aiguille s’arrêtait d’avancer, puis reprenait en sautant. Je regardais ce détail pour ne pas croiser son regard. Cette petite fuite disait tout du décalage entre ce que je présentais et ce que je ressentais vraiment.

Les séances suivantes m’ont coûté plus que prévu

La mécanique s’est installée vite. À chaque rendez-vous, elle reprenait mon symptôme avec sérieux. Puis elle cherchait un déclencheur précis, une fréquence, une localisation, une variation minuscule. Moi, je restais floue sur le reste. Je lui donnais des fragments, pas le tableau entier.

J’ai pris quatre séances . J’ai aussi perdu 3 heures 48 dans les trajets, l’attente, le vestiaire, puis le retour en métro avec le manteau encore humide. Le doute m’a prise un mardi soir, en sortant du cabinet. J’ai marché jusqu’à la station Jules Joffrin en relisant une note dans mon téléphone. J’avais tapé, en vrac : « ça ne prend pas ».

J’ai envoyé un message à Léa depuis le quai, à 19 h 12 : « je crois que je parle à côté ». Elle m’a répondu en une ligne. Ça m’a vexée et soulagée à la fois. Dans ce wagon plein, j’ai compris que je décrivais un point de départ alors que le vrai sujet était déjà ailleurs.

Entre les rendez-vous, j’ai continué à mal dormir. Je me réveillais à 4 h 17, puis 4 h 42, puis plus du tout. Je notais ces heures dans mon téléphone sans les relier au reste. Je traitais chaque signe comme un dossier séparé, au lieu d’accepter que tout se tenait dans la même fatigue.

Le déclic quand j’ai compris que je demandais la mauvaise chose

Le déclic est arrivé quand j’ai enfin dit, sans tourner autour, que je n’attendais pas seulement une solution. J’attendais aussi un cadre, des repères, et une lecture honnête de ce qui se passait chez moi. La phrase que j’aurais dû dire dès le départ était simple : « je ne viens pas seulement pour ce symptôme, je viens parce que je ne tiens plus mon rythme ». Une fois sortie de ma bouche, elle avait l’air évidente.

J’ai relu ensuite une page de l’INSERM sur l’alliance thérapeutique. Puis un rappel de la Haute Autorité de Santé sur le cadre et le lien de confiance. J’ai compris ce que j’avais raté : je répondais trop vite, je souriais au mauvais moment, je regardais l’horloge au bout de six minutes, puis je ruminais en rentrant.

Les signes étaient là. Je les ai balayés parce que je voulais croire qu’une question technique réglerait une fatigue qui touchait aussi le sommeil, la tête et mes soirées. Ce n’était pas une grande erreur spectaculaire. C’était un mauvais cadrage, répété cinq fois.

Ce que j’aurais dû dire dès la première séance

J’aurais dû dire, dès la chaise, que j’étais au bord de la saturation. J’aurais dû dire que mon vrai besoin était flou. J’aurais dû demander un espace plus rassurant avant d’entrer dans les détails. La phrase simple aurait été : « j’ai besoin qu’on me dise où j’en suis avant qu’on cherche à corriger quoi que ce soit ». J’ai gardé ça pour moi, et j’ai perdu du temps.

J’aurais aussi accepté plus vite qu’on me dise que ce n’était peut-être pas le bon cadre pour tout porter. Un médecin, un psy ou un autre professionnel mieux placé pour la charge émotionnelle aurait été plus utile. Je ne l’ai pas demandé, parce que je voulais rester dans une solution simple. C’était ma limite.

J’aurais dû, aussi, préparer 3 phrases avant d’entrer dans le cabinet. Une pour dire où j’en étais. Une pour dire ce que je cherchais. Une pour dire ce que je ne cherchais pas. Sans ce mini-cadre écrit la veille, je me laissais happer par la question d’ouverture. Je répondais à côté de mon propre sujet, très poliment.

Ce que je fais autrement depuis, en trois gestes

Depuis, j’ai changé 3 choses. D’abord, je note la veille, dans un carnet bleu, ce que je viens chercher vraiment. Ensuite, je dis cette phrase à la minute 1, pas à la minute 20. Enfin, je m’autorise à demander, au bout de 2 séances, si le cadre est le bon pour ce que je porte. Cette dernière question m’aurait fait gagner 162 euros et 3 semaines de rumination.

Je ne prends plus le temps de rendez-vous pour paraître cohérente. Je le prends pour être utile à ma propre tête. Cette bascule a changé la façon dont je m’assois sur la chaise. J’entre avec 1 demande précise, et je ressors avec 1 réponse claire, même quand la réponse est « ce n’est pas moi qu’il vous faut ».

Je ne m’en veux plus pareil, mais je sais ce que je ferais autrement

Aujourd’hui, je vois surtout mon erreur de cadrage. J’aurais dû annoncer mon niveau d’épuisement dès la première minute. J’aurais dû nommer ce qui m’angoissait, au lieu de camoufler tout ça derrière un symptôme propre. La séance aurait changé de place dès le début. Elle serait devenue un vrai point d’appui, pas une réparation technique.

Ce que je retiens est net. J’ai laissé filer plusieurs rendez-vous avant d’oser dire que je n’étais pas venue pour une réponse technique, mais pour être orientée autrement, comprise et remise d’aplomb. Les 216 euros sont restés dans ma tête comme le prix d’un silence mal placé. Si j’avais su, j’aurais parlé plus tôt, au cabinet Maison Sève, rue des Martyrs.

Les chiffres que je relis aujourd’hui sans culpabiliser

Quand je relis mon carnet bleu, je vois 4 séances, 54 euros la séance, 216 euros au total. J’ajoute 3 heures 48 de trajets, 21 jours de rumination et 5 nuits écourtées à 4 h 17. Cette addition m’a longtemps serré le ventre. Elle m’a servi de leçon, pas de punition. Aujourd’hui, je sais qu’une première séance à 54 euros peut devenir 300 euros de flou si je ne nomme pas mon vrai besoin en minute 1. Ce n’est plus une dépense perdue. C’est le prix que j’ai payé pour apprendre à me présenter autrement, carnet bleu à la main. Je garde aussi 3 repères chiffrés pour les prochaines fois. Minute 1 pour annoncer mon vrai besoin. Séance 2 pour valider le cadre. Séance 3 pour trancher, continuer ou changer d’orientation. Ces 3 bornes m’évitent d’empiler 5 rendez-vous par inertie. Elles m’ont coûté cher à apprendre, mais elles me servent maintenant à chaque nouvelle prise de rendez-vous, bien au-delà du cabinet de la rue des Martyrs.

Alba Renata Morelli

Alba Renata Morelli publie sur le magazine Moana Renata des contenus consacrés à la beauté naturelle, aux routines de soin et à la compréhension des besoins de la peau. Son approche repose sur la clarté, la progressivité et la recherche de repères utiles pour aider les lectrices à construire une routine plus simple et plus cohérente.

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